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Handicap et développement, portrait d’un artiste handicapé togolais

Le développement est un mot qu’on aime bien et dont on rêve tout le temps. On voudrait bien évidemment par exemple un Togo prospère avec des gratte-ciel qu’on pourrait compter parmi les plus beaux du monde. Ou encore des routes très bien tracées sans des nid-de-poule et sans nids à poussière. C’est cela le développement, non ? Mais ces petits exemples-ci ne peuvent pas, bien entendu, se faire sans la contribution de tous, c’est-à-dire sans la contribution des personnes en situation de handicap aussi. Comment alors les personnes en situation de handicap peuvent-elles aussi contribuer au développement

Le handicap est une réalité au Togo, rien qu’à considérer le nombre estimatif de personnes en situation de handicap estimé à 15% de la population totale du Togo sur la base du résultat du récent recensement de 2010 de la population togolaise. C’est un nombre très considérable surtout lorsqu’on sait que nous sommes nous aussi, de potentiels personnes en situation de handicap puisqu’il n’y a pas a priori une catégorie de personnes prédisposées à l’être. Pour preuve, prenons un homme ‘’normal’’, grand entrepreneur de son état et qui, du jour au lendemain fait un accident de circulation avec sa propre voiture RAV4 et se voit amputé de ses membres inférieurs, ou au pire des cas des membres supérieurs aussi. Cet homme, dans ce cas d’espèce est-il handicapé ou pas ? C’est juste pour nous dire que le handicap est une notion que beaucoup croient connaître. Et elle est trop souvent perçue simplement comme l’incapacité physique ou sensorielle que peut avoir une personne à la naissance. Et on a vite fait de reléguer au second rang ces frères et sœurs en situation de handicap. On en a honte. On les laisse pour compte. L’on se dit très souvent, et même trop souvent, quand on a un enfant en situation de handicap, que c’est une punition de Dieu. Mais généralement ce sont toujours les mamans qui ont commis une faute très grave et sont punies par Dieu. C’est normal car notre société patriarcale peint toujours l’homme immaculé et très puissant. Nos mamans sont dans ce cas de figure, soit de professionnelles pécheresses, soit de redoutables sorcières qui paralysent les enfants ou les rendent handicapés. Or l’évolution de la médecine et des nouvelles technologies nous montre aujourd’hui qu’un enfant né handicapé peut biologiquement, entre autre, provenir des deux parents, de sorte qu’on ne pourrait affirmer sans ambages, sans avoir fait des analyses médicales préalables, que le handicap serait la faute d’un seul parent. C’est une conception traditionnelle limitée de voir les choses qui handicape nos faits et gestes et nous maintient dans le sous développement.

La Loi relative à la protection sociale des personnes handicapées de 2010 de la République Togolaise en son article 1er stipule : «  Est considérée comme personne handicapée, toute personne qui présente des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à sa pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres ». C’est dire qu’affirmer avec conviction, pire encore, qu’incriminer quelqu’un sans preuve, fait de nous quelque part des handicapés mentaux puisque incapables intellectuellement dans ce cas, de voir au-delà de notre imagination. Et oui ! Beaucoup sont malheureusement des handicapés mentaux dans la nature contaminant les autres, juste avec de simples idées arrêtées sur la notion de handicap. Malheureusement pour leurs victimes, leur handicap n’est pas visible et vite décelable. Et ce handicap est ainsi, tristement contagieux.

Il y a tant d’exemples qui nous prouvent -sans qu’on n’y prête attention -que nous sommes tous des handicapés (pas souvent physiques) qui s’ignorent mais qui participent activement, tant bien que mal, au développement de notre pays.

Les personnes en situation de handicap aussi au développement de leur pays. Pour le prouver, voici Amès ou Monsieur Koami APENOUVON (pour l’Etat Civil) qui est une personne en situation de handicap vivant au Togo et qui se déplace à l’aide de béquilles mais aussi en fauteuil roulant, selon la distance à parcourir. Il a eu son handicap à cause d’un de ses oncles, qui lui a administré une grande dose de produit antipaludéen, après avoir décelé chez lui le paludisme. Il avait trois (3) ou quatre (4) ans. Et depuis, son calvaire a commencé. Ses parents ont commencé par le délaisser, le négliger, surtout le papa, quand ses amis aussi commençaient par lui rendre la vie difficile. Il ne commence pas vite les études à cause de son handicap. Et quand il les commence, il a vite fait d’abandonner parce que n’ayant pas de soutien de ses parents. La vie ne lui fait pas de cadeau. La société non plus. Il est sujet de raillerie. Mais Amès sait que la vie est belle et qu’il trouvera sa place au soleil, qu’il a peut-être une longue marche à faire. Il savait qu’il avait à réussir, à prendre sa vie en main et qu’il va y arriver dans cet environnement hostile.

L’HOMME ET L’ART

Ce n’était pas facile de trouver mais il y est arrivé. Il a trouvé sa voie dans ce qu’il sait faire le mieux : dessiner. A six ans, il dessinait déjà. Tout de suite son art à l’air libre attire l’attention des passants qui viennent s’attrouper. Il impressionne et s’affirme. Il a vraiment trouvé sa voie et laisse les gens sans voix. Son art évolue et il ne cesse d’apprendre. Il affine les techniques et crée désormais des œuvres aux formats variés selon l’inspiration et selon les commandes qu’il reçoit.

L’inspiration

Amès est désormais un artiste plasticien qui s’inspire plus de la femme, en référence à sa maman qui n’est plus de ce monde mais qui est à jamais gravée dans son coeur. Elle était tout pour lui puisqu’ il n’avait eu de soutien que d’elle.
La femme africaine en général mais plus particulièrement la femme togolaise a donc une place de choix dans ses œuvres. Elle y est soit en entier ou de visage, tout en beauté, dans ses plus belles parures (dansant, allant à la recherche de l’eau ou berçant son enfant…).
Son sens de l’observation et de curiosité le pousse très souvent au grand marché de Lomé (la capitale du Togo) où on trouve la femme en grand nombre tout en beauté, vaquant à ses occupations de vente de produits de toutes sortes (habits, chaussures, condiments,…) soit devant sa boutique, soit en se promenant avec, sur sa tête, criant ou agitant une cloche pour attirer l’attention de potentiels clients à qui vont désormais les produits. Ses cris, d’une douceur envoûtante, Amès les reproduit à l’aide de couleurs légères en forme de fumée dans certains de ses tableaux.
Les couleurs, Amès ne les utilise pas au hasard mais suivant son inspiration. Elles ont chacune une signification. Par exemple, le bleu symbolise la joie, le vert, la paix, le blanc, la lumière et le rouge, l’amour.

Amès essaie de vivre de son art aux dimensions plurielles. Il a son atelier de travail où il emploie quatre jeunes gars qui apprennent chez lui et arrivent à subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs familles respectives. Il a une femme et trois enfants avec qui il vit heureux. Ce n’est pas du développement ça ?

Abdoul Rafiou Lassissi de l’association TIBI

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