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Droit au vote en République du Bénin : Personnes handicapées, les oubliées du processus électoral

Les personnes handicapées restent des marginalisées du processus électoral béninois. Très peu considérées par les populations surtout en période électorale, elles sont exposées à beaucoup de problèmes dont celui relatif à l’accès aux centres de vote. Leur droit au vote est banalisé pour défaut d’attention au code électoral et d’infrastructures adéquates.

Je n’ai jamais voté de ma vie », lâche avec un air triste Théophile Akpan, personne handicapée motrice, rencontrée dans sa boutique à Akassato, un arrondissement de la commune d’Abomey-Calavi. Agé de 37 ans, il justifie son absence aux différents scrutins par son incapacité à accéder aux lieux publics qui abritent souvent les bureaux de vote. « Je fais l’effort de prendre parfois ma carte d’électeur par le biais de ma mère aujourd’hui décédée, mais ça ne se limite qu’à cela puisque, le jour du scrutin, les gens ne m’aident pas pour le vote. Et justement, je ne suis pas le seul dans le cas » confie-t-il. « Le regard de la société fait que les institutions et les partis politiques n’associent pas les personnes handicapées au processus électoral » a-t-il conclu. Face aux dispositions du Code électoral en son article 86 qui exige que « Tout électeur atteint d’infirmité ou d’incapacité physique certaine, le mettant dans l’impossibilité de plier et de glisser son bulletin dans l’urne, est autorisé à se faire assister d’une personne de son choix », aucun dispositif n’est mis en place pour faciliter à cette catégorie de citoyens, l’accomplissement son devoir civique dans les conditions prévues par la loi. Elles sont parfois la risée des populations qui ne les aident pas à monter les escaliers. Sur la question les langues se sont déliées. La Présidente du Réseau pour l’Intégration des Femmes des Organisations Non Gouvernementales et Associations Africaines Section Bénin (RIFONGA-BENIN), Léontine Idohou confirme que « toutes les personnes handicapées ne sont pas prises en compte dans le processus électoral ». Elle s’insurge contre le fait que la loi soit même restée muette au niveau de l’inscription des handicapés, très important dans l’électorat. En réalité, le 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat de juin 2013 affiche que la population béninoise est de 10 millions d’âmes. Et selon les estimations de l’Organisations Mondiale de la Santé (OMS) et de la Banque Mondiale (BM), la prévalence du handicap est de 15% au sein d’une population. Sur cette base, la population béninoise compte environ un million cinq cent mille (1.500.000) personnes handicapées. Léontine Idohou pense qu’il faut interpeller les institutions impliquées et les politiques qui doivent sensibiliser les agents du bureau de vote pour l’application des dispositions en faveur de ces personnes.

Infrastructures inaccessibles…

Ecoles, mairies, arrondissements et autres sont les lieux qui abritent souvent les bureaux de vote lors des élections au Bénin. Mais, ils restent des infrastructures uniquement réservées aux personnes bien-portantes, sans handicap. Elles leur offrent la possibilité de contrôler leurs noms sur les listes affichées, prendre leur carte d’électeur et voter, contrairement aux personnes handicapées qui, sous le poids de l’incapacité, restent à leur domicile sans jouir de leur droit de vote. La situation relève aux yeux de certains responsables des personnes handicapées comme une injustice. Président du Réseau des Associations des Personnes Handicapées de l’Atlantique-Littoral (RAPHAL), Mathieu Sossou fustige cet état de chose en invitant les personnes dites valides, a exprimé de l’amour envers ces personnes handicapées qui n’ont pas demandé à être ainsi. « Il faut que ces hommes ou femmes nous aident lors du vote », a-t-il ajouté. De ses explications, les bureaux de vote ne suivent aucune norme favorable aux personnes handicapées. Il n’a pas occulté le cas des personnes non voyant qui selon lui, doivent avoir les noms des candidats en braille afin de leur permettre de pouvoir voter sans personne interposée. Juriste et agent responsable d’administration juridique à la SCB LAFARGE, Olivier Assogba, s’insurge et déplore le traitement fait à ces personnes dont il fait partie. Personne handicapée, il évoque une anecdote pour expliquer la situation. Il confie : « la prise du bus, le fait de se rendre à l’église ou assister à un spectacle, sont des actes anodins pour le commun des mortels. Mais pour une personne handicapée, il peut s’avérer difficile parce que l’infrastructure n’est pas adéquate ». La question d’accessibilité des lieux publics reste une préoccupation de l’Organisation non gouvernement (ONG), Handicap International. Elle a engagé depuis quelques années une campagne de sensibilisation des décideurs politiques et des donateurs d’infrastructures. Chef du projet, « Droits, Egalité, Citoyenneté Solidarité et Inclusion des Personnes Handicapées (DECISIPH) », Juste Klotoé voit la nécessité de réaliser des rampes d’accès aux infrastructures dans les différents projets de construction. L’accessibilité constitue pour lui, une condition préalable à la participation sociale effective des personnes handicapées. Elle est transversale à tous les aspects de leur vie sociale et conditionne la jouissance sur la base de l’égalité avec les autres de tous les droits de l’Homme

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